Instruments de musique

 
 

Observation d’Evelyne Moser
autour de la vièle à 4 cordes avec table en peau
fabriquée par François Moser

Moyen Âge

Il n’est pas facile de mesurer les trois dimensions d’une vièle  sur une sculpture.

Le manche est souvent trop large pour pouvoir l'utiliser comme un violon. Mais cela ne gène aucunement si on l’utilise comme une lyra grecque.


Afin de faire comprendre comment on peut jouer cet instrument, j’ai demandé à ma fille Evelyne Moser, de livrer ici ses observations sur la lyre.

Lira grecque.

Vièle de Miègeville.

Comme cet instrument présente un manche très large sur l’image (il y a 4 cordes distinctement sculptées) et sur la reconstitution, sa tenue en main en l’épaulant est très peu confortable.

Faut-il rétrécir le manche (il est vrai que j’ai une petite main) ou respecter les proportions ?

Si on le laisse tel quel, on a tout de suite envie de jouer l’instrument à la jambe ou posé entre les cuisses.

Les cordes sont très loin de la touche. La touche elle-même est assez en hauteur de la table, ce qui entraîne instinctivement de ma part une technique de jeu comparable à celle du rebab arabo-andalou, du sharangui indien ou de la lyra grecque : on n’appuie pas la pulpe du doigt sur la corde mais on la pousse avec l’ongle, ou on la crochète, selon la corde sur laquelle on joue et sa distance avec sa voisine.

La lyra a justement une forme analogue à celle de cette vièle. Le rebab et le sharangui ont une table en peau. Quelques points communs !

Nous prenons donc le parti de mettre une béquille sous le pied du chevalet, comme pour la lyra. Et on est obligé de reconnaître, partisan de l’âme ou pas, que le son et la facilité de jeu en sont très nettement augmentés.

Cependant, sur la sculpture, on ne voit pas du tout de chevalet.

Bien que cela n’apparaisse pas sur cette sculpture, même si ce procédé est fréquent ailleurs, les quatre cordes ont été mises en chœur deux à deux ; cela permet d’avoir bien de l’espace au milieu pour appuyer le milieu des ongles contre la corde du milieu-droit.

On l’accorde comme suit :

  1. les deux cordes du milieu : à l’unisson

  2. corde aigüe : une quinte au-dessus               

  3. corde grave : une quarte au-dessous (donc à une octave l’une de l’autre)

Ce qui correspond à l’esprit des accords préconisés par Jérôme de Moravie en 1270, et logique dans la théorie des modes grégoriens.

Le chevalet étant plat, ici je joue la corde du milieu avec son bourdon grave, ou la même mélodie sur l’autre corde du milieu avec son bourdon aigu. Les cordes extrêmes peuvent toujours se jouer seules en inclinant l’archet. On peut aussi poser les doigts à plat sur l’un ou l’autre des deux couples de cordes sans trop appuyer. Ou bien avoir les quatre cordes en même temps en jouant la mélodie au milieu, ce qui donne un son très riche en harmoniques, qui n’est pas sans rappeler les résultats obtenus récemment avec la « vièle en 8 » (tenue au genou et dépourvue de touche - car table non en peau ?) et l’organistrum.

D’ailleurs cette vièle est tenue par le roi David et non un vulgaire jongleur.

Evelyne MOSER